À la faveur d’un acte civique en apparence anodin, une série de questions politiques majeures refait surface au sein de l’Union des forces républicaines (UFR). La participation au scrutin présidentiel d’un cadre influent du parti, en contradiction avec l’appel au boycott lancé par les Forces vives de Guinée, met en lumière des lignes de fracture internes et ravive le débat sur la cohérence stratégique de l’UFR. Entre discipline partisane et liberté individuelle, cette analyse d’Abdoulaye Sankara interroge une zone d’ombre qui pourrait peser lourd dans la recomposition du paysage politique guinéen. Analyse.
Comme l’indique l’image dans ce texte et conformément à sa propre déclaration, M. Tall Mohamed, membre du comité exécutif de l’UFR et directeur de cabinet du président Sidya Touré, a accompli son devoir civique le dimanche 28 décembre 2025 au bureau de vote installé à la mairie de Montreuil, servant de centre pour la région parisienne. Un acte en soi ordinaire dans une démocratie, mais qui suscite des interrogations au regard de la ligne officiellement défendue par les Forces vives de Guinée, coalition dont l’UFR demeure membre, et qui avait appelé au boycott du scrutin présidentiel.
Ce geste soulève ainsi une première interrogation. Celle de savoir comment interpréter la participation au vote d’un responsable aussi proche de la direction du parti alors même que la coalition à laquelle il appartient a publiquement rejeté le processus électoral ?! Cette situation renvoie à un communiqué récemment diffusé, non signé et attribué à certains cadres de l’UFR, appelant les militants à voter librement, selon leur choix et sans pression lors de cette élection. Un texte contesté par d’autres responsables du parti mais dont l’esprit a l’air de trouver une résonance concrète dans le comportement observé à Montreuil.
Ce fait alimente une interrogation plus large sur la position réelle de l’Union des forces républicaines. Le parti a-t-il choisi de s’écarter de la ligne de boycott prônée par les Forces vives de Guinée ou traverse-t-il une phase de redéfinition interne face aux réalités politiques actuelles ? La question se pose d’autant plus que d’autres responsables et structures du parti – à l’image de la fédération de N’Zérékoré – ont, eux aussi, adopté des attitudes qui semblent s’éloigner de la discipline collective annoncée.
Au-delà du cas de Montreuil, l’attention se porte également sur la position personnelle du président de l’UFR, Sidya Touré. Installé à l’étranger, notamment en Côte d’Ivoire où il a autrefois exercé des fonctions auprès du président Alassane Ouattara, son attitude vis-à-vis du scrutin du 28 décembre demeure sujette à interrogation. A-t-il, lui aussi, accompli son devoir civique depuis son lieu de résidence actuel ? Ou, à défaut de figurer sur la liste électorale, a-t-il donné des consignes de vote « sans pression » à la fédération UFR de Côte d’Ivoire ? Aucune information publique ne permet de l’affirmer ou de l’infirmer à ce stade, ce qui alimente davantage les débats autour de la cohérence politique du parti.
Ces zones d’ombre s’ajoutent à une perception déjà complexe du positionnement de l’UFR dans le paysage politique national. Entre appartenance déclarée aux Forces vives de Guinée et signaux laissant entrevoir une possible prise de distance, le parti donne l’image d’une formation en quête de clarification stratégique.
De nombreux observateurs estiment désormais que le moment est venu pour l’UFR de lever toute ambiguïté. La question centrale demeure simple dans sa formulation mais lourde de sens politique : le parti entend-il rester pleinement engagé au sein des Forces vives de Guinée ou s’oriente-t-il vers une nouvelle lecture du processus politique, possiblement en phase avec la dynamique impulsée par le président Mamadi Doumbouya ?
La réponse à cette interrogation pèsera sans doute sur la recomposition du paysage politique guinéen dans la période post-transition.
Par Abdoulaye Sankara « Abou Maco »