Le décret est tombé, sec et inattendu. Ce lundi 26 janvier 2026, alors que les conjectures allaient bon train dans les salons feutrés comme dans les rues bruissantes de Conakry, le Président de la République, Mamadi Doumbouya, a nommé le Premier ministre chargé de conduire le tout premier gouvernement de la Vᵉ République.
Contre toute attente, et déjouant les pronostics les plus assurés, le Chef de l’État a renouvelé sa confiance à Amadou Oury Bah, quelques jours seulement après la démission de celui-ci, intervenue dans le sillage de l’élection présidentielle. Beaucoup l’annonçaient sur le départ, d’autres l’avaient déjà remplacé dans les scénarios officieux. Le Président a choisi autrement.
Car dans l’imaginaire politique du moment, la page semblait tournée. La démission d’Amadou Oury Bah était lue comme un point final, le prélude à une recomposition profonde de l’Exécutif. Elle n’était, à l’évidence, qu’une parenthèse républicaine, un geste institutionnel avant un retour plus affirmé.
Cette reconduction, aussi rapide que symboliquement forte, consacre une relation politique bâtie dans la durée depuis le 27 février 2024. Elle révèle surtout une stratégie présidentielle assumée : préférer la maîtrise des dossiers à la tentation du casting, la continuité de l’action à la surprise des visages — même si, paradoxe du jour, la surprise est précisément là.
Ancien chef du Gouvernement de la transition et directeur de campagne du Président Doumbouya lors de la présidentielle, Amadou Oury Bah sort renforcé de cette séquence politique. Il devient le Premier ministre du passage, celui qui a accompagné la fin de la transition et qui se voit confier l’entrée solennelle dans l’ordre constitutionnel nouveau.
Désormais, le promu aura la lourde tâche de définir l’attelage gouvernemental, de choisir les femmes et les hommes qui porteront la vision présidentielle, et de donner corps aux engagements du septennat. Une mission où l’expérience pèsera plus que jamais.
Dans la foulée de cette nomination inattendue, le Président Mamadi Doumbouya a rendu publique l’ossature du premier Gouvernement de la Vᵉ République. Une structure pensée pour l’action, composée de 27 ministères et de deux Secrétariats généraux, appelée à piloter les grands chantiers de la refondation nationale.
L’ossature gouvernementale se décline comme suit :
- Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme
- Ministère de la Défense Nationale
- Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation
- Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile
- Ministère des Affaires Étrangères, de l’Intégration Africaine et des Guinéens Établis à l’Étranger
- Ministère de l’Économie, des Finances et du Budget
- Ministère du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement
- Ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction Publique
- Ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection Sociale
- Ministère des Mines et de la Géologie
- Ministère de l’Agriculture
- Ministère de l’Élevage
- Ministère de la Pêche et de l’Économie Maritime
- Ministère de l’Industrie et du Commerce
- Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
- Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle
- Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat
- Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique
- Ministère de la Femme, de la Famille et de la Solidarité
- Ministère de la Jeunesse et des Sports
- Ministère des Infrastructures
- Ministère des Transports
- Ministère de la Communication, de l’Économie Numérique et de l’Innovation
- Ministère de l’Environnement et du Développement Durable
- Ministère de l’Énergie
- Ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures
- Ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire
À ces portefeuilles s’ajoutent le Secrétariat Général du Gouvernement et le Secrétariat Général des Affaires Religieuses.
Avec cette décision, le Chef de l’État envoie un message limpide : la Vᵉ République s’ouvrira sans rupture brutale, mais avec une fidélité stratégique à ceux qui ont porté la transition jusqu’à son terme. Amadou Oury Bah, que beaucoup voyaient quitter la scène, se retrouve au centre du jeu.
En politique, la surprise n’est pas toujours dans le changement des hommes, mais dans la persistance des choix. Et ce lundi de janvier, le Président Doumbouya en a donné une éclatante démonstration.
Par Sambégou Diallo, pour lesfaits224.com