Face aux critiques acerbes concernant le rapatriement de Guinéens d’Allemagne et d’ailleurs, le Ministre des Affaires Étrangères a mis les points sur les « i ». Ce jeudi 26 février 2026, Morissanda Kouyaté a défendu son bilan ave fermeté, réaffirmant sa loyauté indéfectible au Président Mamadi Doumbouya.
Entre révélations sur les pressions internationales et souvenirs de missions périlleuses, le chef de la diplomatie guinéenne a dressé le portrait d’une nation qui, selon lui, a retrouvé sa dignité sur la scène mondiale.
« Personnellement j’ai travaillé sur un trépied. Je marche sur 3 pieds, indéboulonnable, dans tout ce que je fais : la loyauté, le courage et la vérité.
Il y avait des Guinéens qui n’avaient plus d’identité… Venir chercher un passeport, pour ceux qui en avaient les moyens, ce n’était pas moins de 3 000 dollars, le billet d’avion y compris. Ça, c’est devenu même un trafic. Le président a dit non », dévoile le chef de la diplomatie guinéenne.
« J’aurais été un cadavre fier »
Du conflit en Ukraine aux tensions en Tunisie, en passant par le brasier soudanais, Dr Kouyaté a énuméré les interventions d’urgence menées par son département. Il a notamment évoqué avec émotion l’épisode tunisien, où il s’est rendu personnellement malgré les risques.
« Il y en a qui ont prié pour que l’avion tombe avec moi. Je suis monté et j’aurais été un cadavre fier si l’avion était tombé pour aller chercher nos compatriotes. Je l’ai fait au nom du chef de l’État. J’étais sous la neige, sous le froid en train d’appeler nos compatriotes un à un.
Après, la Tunisie, effectivement, les malédictions ont failli nous attraper. L’avion a fait un bruit en l’air, on était tous prêts à mourir. Le feu en l’air. J’ai fait ça pour la Guinée après je suis réparti.
Il y a eu le Soudan. La Guinée a été le premier pays à envoyer des cars pour aller sous les bombes, expilter les Guinéens et les amener en Égypte. Nous l’avons fait.
L’Égypte. Nos compatriotes qui sont là-bas, nous avons même payé des redevances pour les exfilter et les amener ici. J’en passe. J’ai encore d’autres pays. Le Sénégal. Il y avait des attestations d’expulsion des Guinéens. On est venu jeter les Guinéens à la frontière. Nous avons dit non. On ne le fera pas. Les Guinéens ne seront pas expulsés. L’Algérie, nous avons exfiltré nos compatriotes qui étaient dans le désert, dans la faim, dans la soif, dans le désespoir.
En Gambie, les Guinéens payaient trois fois plus les redevances que toutes les autres nationalités. J’ai dit non: Vous payerez comme les autres. Nous sommes imposés et ils ont payé comme les autres pays », a détaillé le Ministre..
Face au chantage de l’Union Européenne
Concernant les relations avec les partenaires occidentaux, notamment sur la question sensible des expulsions et de la reconnaissance faciale, le ministre a révélé avoir tenu tête aux délégations européennes.
« Toute l’Union Européenne était venue ici, dans mon bureau. Ils ont dit : « Si vous ne le faites pas [la reconnaissance faciale forcée], nous allons bloquer tous les visas ». Je leur ai dit : « Bloquez tous les visas. 99% des Guinéens ne veulent pas aller à l’extérieur. Bloquez, mais nous n’allons pas accepter », révèle Kouyaté, fustigeant l’attitude de ses détracteurs qui, selon lui, manquent de cohérence patriotique : « Ceux qui sont en train de nous insulter… quand ils quittent ce pays, ils jettent notre passeport. Nous avons ramassé 50 000 passeports jetés. C’est aujourd’hui qu’ils sont patriotes ? »
Et d’ajouter: « Je viens de la diaspora, j’ai fait 20 ans à l’extérieur. Ceux qui viennent de naître et qui disent qu’il a envoyé ses enfants à l’extérieur, moi, ma famille a fui la Guinée. J’ai fait fuir ma famille. On l’a placée aux Etats-Unis, quand j’étais dans le feu de l’action ici. Lorsqu’on me maudissait, ici à la Grande Mosquée, parce que j’ai entrepris de défendre les femmes et les filles contre l’excision.
Ici, on me maudissait dans toutes les mosquées, parce que je défendais les femmes. On menaçait mes enfants. Je ne voulais pas être responsable de ça. J’ai placé ma famille à l’abri, parce que c’est moi qui lutte. Et j’ai placé ma famille il y a 30 ans. Nous avons fui une menace ».
Une main tendue malgré les insultes
Malgré la virulence des attaques dont il fait l’objet sur les réseaux sociaux, le “Prix Nelson Mandela” reste droit dans ses bottes. « Même si vous nous insultez, même si vous complotez contre notre gouvernement, nous viendrons vous chercher. Le jour où ils auront un problème, nous irons les chercher parce que nous sommes à leur service. »
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