Depuis le retour du Président Mamadi Doumbouya de ses vacances, la Guinée et le monde assistent à des événements majeurs éclaboussant des hauts dirigeants compromis dans les marchés publics avec des entreprises privées comme GUICOPRES de Kerfalla Camara KPC. En attendant la fin des enquêtes et la lumière sur ces scandales, il faut d’ores et déjà saluer ce principe de réédition des Comptes.
Le samedi 22 août, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye inaugurait à Thiadiaye l’autoroute à péage Mbour–Fatick–Kaolack : 100 kilomètres d’autoroute, complétés par 15 kilomètres de routes de connexion, soit 115 kilomètres au total, pour un coût global de 738 millions de dollars. Environ 6,4 millions de dollars le kilomètre.
Le même jour, on apprenait que le limogeage des 2 ministres Mory Condé et Mourana Soumah ainsi que du conseiller à la Présidence Mahamadou Abdoulaye Diallo. Intervenu la veille vendredi 21 août, ceci portait sur la reconstruction et l’aménagement en 2×2 voies de la Corniche nord de Conakry, entre le rond-point du Port autonome et le rond-point Tombo non loin du palais du peuple. Distance : environ 2,3 kilomètres. Coût : près de 434 milliards de francs Guinéens, soit environ 50 millions de dollars. Plus de 21 millions de dollars le kilomètre.
Le kilomètre le plus cher de la sous-région ?
Comparaison n’est pas raison, objectera-t-on : un chantier urbain n’est pas une autoroute en rase campagne. Soit. Mais même en accordant aux contraintes urbaines toute leur part, comment justifier qu’un kilomètre de corniche à Conakry coûte plus de trois fois le kilomètre d’autoroute à péage au Sénégal, ouvrages d’art et gares de péage compris ?L’entreprise attributaire de ce marché : GUICOPRES-BTP, dirigée par Kerfalla Person Camara, dit KPC.
Des stades en or massif
Quelques jours auparavant, après l’homologation provisoire du stade du 28 Septembre par la CAF, au terme de plusieurs années de travaux et d’indisponibilité, nous apprenions que la rénovation des stades du 28 Septembre et de Nongo aurait coûté 250 millions de dollars. Le site d’informations Mosaiqueguinee.com est allé plus loin : ces 250 millions ne couvraient que le contrat initial ; en y ajoutant les avenants successifs, la facture globale atteindrait 400 millions de dollars. La moitié de cette enveloppe, 220 millions de dollars, serait allée à la seule rénovation du stade du 28 Septembre. Capacité retenue à l’homologation : 18 000 places.
À titre de comparaison, en Côte d’Ivoire voisine, la construction à neuf, entre 2019 et 2023, du stade Amadou Gon Coulibaly de Korhogo, 20 000 places, n’a coûté que 88 millions de dollars. Rénover un stade à Conakry coûterait donc plus du double de la construction, de zéro, d’un stade plus grand chez notre voisine.
Là encore, les travaux de rénovation et d’extension du stade du 28 Septembre étaient confiés à Guicopres.
De révélations en révélations, les langues se délient : Un seul bâtiment de la Cité ministérielle à Donka a été facturé à 6 milliards de francs Guinéens soit 682 332 USD par GUICOPRES 682 332,00. On parle des Titres d’état de milliers de milliards francs Guinéens remis à Kerfalla Camara KPC sur le dos du Trésor public.
D’autre part, pour le même travail de rénovation du stade du 28 septembre et dans les mêmes termes, Bogola Keamou HABA, alors que le gouvernement était dissous s’est permis de signer avec Kerfalla Person Camara KPC un autre contrat de 850 milliards francs Guinéens.
Un fil rouge nommé GUICOPRES
En une semaine, on parle de nombreux scandales liés à des détournements présumés mais massifs de deniers publics. Un seul point commun : Kerfalla Camara KPC et son entreprise GUICOPRES .Quand on mesure la disproportion entre les travaux réalisés et les montants facturés, parler de simple surfacturation n’est plus tout à fait juste. Nous sommes face à une surfacturation industrialisée, érigée en méthode de gestion des marchés publics. Un crime contre les générations actuelles. Derrière ces scandales financiers se posent des questions de corruption présumée d’agents publics, à travers d’éventuelles surfacturations et rétro commissions au préjudice du peuple de Guinée.
Aller à la source
Mais une évidence s’impose désormais en filigrane : si l’on veut véritablement lutter contre la corruption, on ne peut plus se payer le luxe de ne pas remonter à la source, c’est-à-dire à l’entreprise qui facilite ce système de surfacturations et de rétrocommissions, GUICOPRES et son patron Kerfalla Person Camara, qui bénéficie à ce stade, naturellement, de la présomption d’innocence.
Soutenir la volonté politique du Président Mamadi Doumbouya
Dans ce cadre, les investigations doivent être globales : porter sur les donneurs d’ordre, mais aussi sur les intermédiaires et sur les bénéficiaires de marchés publics qui rendent ces manœuvres possibles. Limoger des ministres est une mesure importante montrant la volonté politique du Président Mamadi Doumbouya à lutter contre la prévarication et les malversations, les enquêteurs devraient désormais le soutenir en menant des investigations sérieuses et honnêtes afin d’obtenir les résultats attendus à ce combat dans l’intérêt de la Guinée d’aujourd’hui et de demain.
Car les sanctions des hauts cadres ne suffiront pas si le système qui les a compromis demeure intact
Sur la Corniche nord, au stade du 28 Septembre, à la cité ministérielle et sur tous ces marchés publics, l’argent dépensé est celui des Guinéens. Et c’est à eux que l’État et KPC doivent des explications.
Avec Guillaume Bangoura
