Une passe d’armes particulièrement salée à la tribune de l’ONU. Lundi 29 septembre, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a rendu coup pour coup au Premier ministre malien, qu’il a qualifié de « soldat grossier » cherchant à « détourner l’attention de toutes ses défaillances ».
« Les sommets de la bassesse, de la vulgarité et de la grossièreté atteints par ce faux poète, mais vrai putschiste, ne sont rien d’autre que logorrhée de soudard. Son bavardage de caniveau ne mérite que mépris et n’inspire que dégoût », a-t-il dit en arabe, puis répété en français par deux fois.
Vendredi, lors de son discours, Abdoulaye Maïga avait ciblé l’Algérie, affirmant qu’elle était « devenue ces dernières années champion de la promotion du terrorisme et exportateur de terroristes », réitérant l’accusation récurrente de Bamako selon laquelle Alger soutiendrait activement des groupes armés rebelles dans le nord du Mali.
Le représentant du gouvernement malien avait également abordé la destruction de l’un de ses drones de combat à la frontière algérienne. Le 1er avril dernier, l’armée algérienne avait abattu un aéronef au motif que celui-ci avait violé son espace aérien. Une version réfutée par Bamako, qui affirme que le drone volait au-dessus du territoire malien.
Procédure internationale avortée
Cet affrontement à la tribune de l’ONU fait suite à une série d’échanges musclés entre les deux pays, par communiqués interposés.
Début septembre, le Mali avait annoncé avoir saisi la Cour internationale de justice (CIJ) contre l’Algérie au sujet du drone abattu, pour faire reconnaître ce qu’il considère comme une attaque contre son intégrité territoriale.
Problème ? La CIJ ne peut statuer sur ce genre de contentieux que si toutes les parties concernées acceptent sa compétence. Or l’Algérie avait annoncé le 19 septembre qu’elle refuserait la procédure, accusant les autorités maliennes d’ »instrumentaliser » le droit international pour « s’exonérer de leurs responsabilités dans la tragédie qu’elles infligent au Mali ».
Lors de son discours à l’ONU, Abdoulaye Maïga a qualifié le refus d’Alger de « fuite en avant » visant à éviter d’être « démasqué publiquement comme agresseur ».
Retour de la guerre dans le Nord Mali
L’affaire du drone marque le point d’orgue de la lente dégradation des relations entre Bamako et Alger au cours des dernières années. Des tensions liées à un différend de fond sur la stratégie à adopter face aux groupes armés à majorité touarègue présents dans le nord du Mali.
Alger les considère comme des acteurs politiques et prône la négociation. Mais pour les autorités militaires du Mali, il s’agit de terroristes qu’il faut combattre, au même titre que les deux groupes jihadistes présents sur son territoire, le Jnim, lié à Al-Qaïda, et le groupe EIS (État islamique au Sahel), qui occupent de larges pans du territoire national.
En novembre 2023, l’armée malienne, accompagnée de ses supplétifs de Wagner, était parvenue à reprendre la ville de Kidal dans le Nord, considérée comme un fief touareg.
Deux mois plus tard, le Mali annonçait la fin de l’accord de paix d’Alger, signé avec ces mêmes groupes en 2015, sous l’égide de l’Algérie, et qui prévoyait de leur offrir une plus grande autonomie en échange de leur désarmement et d’une intégration progressive au sein des forces armées.
Une « déclaration de guerre » pour les signataires, réunis sous la bannière de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), dont une partie s’était alors repliée dans le sud de l’Algérie. En juillet 2024, ces derniers ont infligé une défaite et de lourdes pertes à l’armée malienne et ses supplétifs russes dans la localité de Tinzawaten, près de la frontière algérienne.
Faut-il pour autant s’attendre à une escalade militaire entre le Mali et l’Algérie ? Ce scénario demeure peu probable pour Mohammed Amara. « Un conflit ouvert entre le Mali et l’Algérie renforcerait la position des groupes terroristes qui prolifèrent déjà dans le nord, le centre et même l’est du Mali. Aucun des deux pays n’a intérêt à s’engager dans une escalade militaire », estime l’expert.
« Les deux parties doivent renouer le dialogue. C’est la seule alternative pour éviter un engrenage régional aux conséquences potentiellement désastreuses », conclut-il.
Avec france24