Rien ne va plus au sein du Réseau guinéen des personnes vivant avec le VIH (REGAP+), longtemps présenté comme l’un des piliers de la lutte communautaire contre le VIH en Guinée. Une structure autrefois respectée, bénéficiant de la confiance des autorités publiques ainsi que de nombreux partenaires techniques et financiers, mais aujourd’hui secouée par de profondes turbulences internes.
Au cœur de la controverse : la gestion moribonde de la présidente sortante, Kadiatou Bodié Baldé, dont le mandat est officiellement arrivé à expiration depuis décembre dernier. Depuis plusieurs mois, des voix de plus en plus nombreuses, au sein même du bureau, dénoncent une gouvernance opaque, solitaire et contraire aux textes qui régissent l’organisation.
Selon plusieurs témoignages concordants, des financements extérieurs destinés aux campagnes de sensibilisation et de dépistage seraient mal utilisés, tandis que des motos et véhicules acquis pour les activités du réseau serviraient à d’autres fins. Des accusations graves, qui, si elles sont avérées, portent un sérieux coup à la crédibilité du REGAP+.
Face à cette situation, un audit indépendant et systématique est réclamé par plusieurs membres du bureau et acteurs du réseau. Mais cette demande se heurte, selon eux, à un refus catégorique de la présidente sortante, qui rechigne également à organiser un congrès électif ou à produire des comptes rendus financiers détaillés.
Toujours d’après ces sources internes, des changements unilatéraux au sein de l’équipe dirigeante sont opérés, sans consultation du conseil d’administration ni respect des procédures internes. Certains collaborateurs jugés « gênants » sont ainsi écartés, alimentant un climat de méfiance et de crispation.
Plus troublant encore, des échanges internes évoquent des procès-verbaux de réunions falsifiés, dont le contenu ne reflète pas fidèlement les décisions collectives. « Toutes ces pratiques sont imposées par cette chipie de présidente », s’insurge une source interne qui ne décolère pas.
Toute chose qui, si c’était confirmé, pose un sérieux problème de gouvernance démocratique au sein du réseau (voir ces échanges Whatsapp en fac-similés).

L’épisode du 1er décembre dernier, lors de la Journée internationale de lutte contre le VIH, a également marqué les esprits.
Devant le Premier ministre, le ministre de la Santé et les partenaires, Kadiatou Bodié Baldé a demandé « une minute de silence pour les personnes malades du VIH », une déclaration qui a suscité une vague d’hilarité, un malaise et une incompréhension dans la salle, renforçant le sentiment d’un décalage préoccupant entre la responsabilité du poste et le niveau intellectuel de cette « semi-lettrée » qui ne maîtrise pas les enjeux.
« On ne demande pas une minute de silence pour une personne encore vivante », lui a reproché un collègue.
Le silence ou l’inaction risqueraient, à terme, de fragiliser non seulement le réseau, mais surtout les bénéficiaires qu’il est censé accompagner.
Marcel Loua, pour lesfaits224.com