Chers journalistes, puisque c’est encore ainsi qu’on vous appelle.
On va arrêter deux minutes de jouer à cache-cache avec les mots. Vous n’êtes plus des contre-pouvoirs. Vous êtes des courroies de transmission. Des haut-parleurs. Des attachés de presse déguisés en chiens de garde… mais qui gardent surtout la niche des puissants.
Et il serait peut-être temps de dire clairement pourquoi.
Vos médias, pour une immense majorité, appartiennent à des milliardaires. Des gens qui n’ont pas bâti des empires industriels pour financer la poésie ou la pluralité d’opinion. Non. Ils investissent dans l’information comme on achète un mégaphone. Pour orienter. Pour cadrer. Pour décider de ce qui est audible (le fascisme)et de ce qui doit être discrédité (la gauche radicale).
Et quand ce n’est pas directement un milliardaire, c’est l’État version macroniste qui tient la laisse — un État qui, coïncidence troublante, sert exactement les mêmes intérêts. Ce qui revient, au fond, à la même chose : un joli ballet où l’argent privé et le pouvoir politique dansent un slow serré avec une seule ambition : démolir les empêcheurs de « s’en foutre plein les poches » !
Résultat ?
Une ligne éditoriale qui, sous couvert de neutralité, fabrique du consentement. Qui normalise certaines idées, en diabolise d’autres, et surtout… surtout, prépare le terrain à la politique pourrie d’extrême-droite.
Parce que oui, à force de taper en boucle sur les mêmes cibles, LFI en particulier, de distiller les mêmes soupçons, vous ne faites pas que “traiter l’actualité”. Vous participez à un récit. Un récit où l’extrême droite devient fréquentable, où une droite prétendument “modérée” sert de sas de décompression… alors qu’au fond, c’est la même maison avec juste une peinture différente sur la façade. Bardella/Edouard Philippe : même combat !
On nous vend une différence de ton. Pas une différence de fond.
Et pendant ce temps-là, vous arrosez copieusement tout ce qui dérange ce petit équilibre.
Quelques exemples parmi des centaines d’autres…
Rima Hassan droguée, vraiment ? Une rumeur sortie d’on ne sait où, reprise sans filtre, mâchée, recrachée, amplifiée… puis démontée. Et là ? Rien. Pas un mot. Pas une excuse. Le silence, ce grand spécialiste de vos erreurs.
David Guiraud qui se serait augmenté ? Même recette. Une intox bien grasse, servie chaude sur plateau, reprise en chœur… puis oubliée dès qu’elle s’effondre. Comme si salir était un acte anodin, presque sportif.
Et Jean-Luc Mélenchon, transformé à répétition en épouvantail antisémite à coups d’amalgames paresseux… Là, on atteint un niveau d’acharnement qui frôle l’obsession industrielle. Une machine bien huilée où l’accusation circule plus vite que la nuance, et où la rectification arrive toujours trop tard — quand elle arrive.
Ce qui est fascinant, c’est l’impunité totale.
Dans quel autre métier peut-on diffuser des informations fausses à grande échelle sans jamais être inquiété ? Sans mise à pied, sans sanction, sans même un “pardon, on a raconté n’importe quoi” ? Vous avez inventé une profession où l’erreur ne coûte rien… sauf à ceux qui la subissent.

Et au milieu de ce cirque, il y a les champions.
-CNews, évidemment, hors catégorie. Une chaîne qui réussit l’exploit de transformer chaque débat en tribunal idéologique. En plateau, des brochettes de fascistes patentés, de sionistes la bave aux lèvres et des idiots du village, reconvertis en chroniqueurs.
On lui décerne, avec une émotion non feinte :
« l’Oscar de la mauvaise foi », « le César du racisme décomplexé »,
et « le Serpent d’Or de la fake news ».
Un triplé. Une œuvre.
Mais ne vous inquiétez pas, les autres ne sont pas loin derrière.
BFM TV et France Info jouent les raisonnables, les sérieux, les pondérés… tout en participant à la même musique de fond. Plus feutrée, plus policée, mais tout aussi orientée.
Et puis il y a les grandes messes de TF1 et France 2. Là, on entre dans le théâtre bourgeois. Courbettes pour certains invités, sourires appuyés, relances complaisantes… puis soudain, changement de ton dès qu’un Insoumis arrive : interrogatoire sec, soupçon permanent, presque une envie de faire avouer un crime qui n’existe pas.
Ce n’est plus du journalisme. Et vous n’en êtes même ^lus conscients, embrigadés dans vos contradictions, muselés par votre fiche de paye.
Alors oui, il faut le dire franchement : ce système de fabrication de l’information, concentré entre les mains de puissances économiques et politiques alignées, finit par ressembler à une machine de propagande. Moderne, sophistiquée, maquillée… mais une machine quand même qui rappelle celle des heures sombres de l’Occupation.
Comme vos devanciers collabos, vous servez bassement la cause !
Et les heures sombres ne commencent jamais avec le bruit des bottes. Elles commencent avec des récits biaisés, des opposants caricaturés, et une vérité qui devient optionnelle.
Vous ne voyez peut-être pas le problème. Ou peut-être que si. Peut-être que certains d’entre vous savent très bien. Mais à force de composer avec ça, de “faire avec”, de “rester dans le cadre”… vous êtes devenus le cadre.
Alors oui, je regrette. Profondément.
Je regrette qu’il reste si peu de journalistes capables de dire non. De dire “on vérifie”. De dire “on s’est trompés”. De dire “on ne sert pas la soupe, on la goûte avant”.
Parce qu’à force de transformer l’information en outil, vous avez cassé la confiance. Et une fois qu’elle est brisée, ce n’est pas un débat de plus, ni un édito bien coiffé, qui la réparera.
Un citoyen qui aurait préféré
être mal informé que
désinformé volontairement