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L’odyssée cauchemardesque d’un militant Guinéen: le calvaire d’Abdoulaye Baldé

L’histoire d’Abdoulaye Baldé, 26 ans, est un témoignage poignant des dangers auxquels sont confrontés les militants de l’opposition en Guinée. Son récit, rempli d’arrestations, de tortures et d’une fuite désespérée, met en lumière la répression politique persistante dans le pays, d’abord sous l’ancien président Alpha Condé, puis sous la junte militaire actuelle.

Né à Kissidougou et diplômé de l’UGLCS en 2019, Abdoulaye Baldé, marchand au marché de Madina à Conakry, s’est engagé dès 2019 au sein de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d’opposition. Son militantisme, bien que non directorial, était celui d’un fervent mobilisateur de quartier, œuvrant à sensibiliser et encourager la participation citoyenne aux rassemblements pour la démocratie.

La persécution sous Alpha Condé : une spirale de violence

La décision d’Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2019, via un référendum constitutionnel controversé, a marqué le début d’une ère de troubles. L’UFDG et le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) ont organisé des manifestations massives, auxquelles Abdoulaye a activement participé, convaincu du droit à la protestation pacifique.

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Le climat s’est tendu après l’élection présidentielle d’octobre 2020. Suite à la déclaration de victoire du candidat de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, les forces de sécurité ont ciblé les quartiers peuls, réputés pro-opposition. C’est dans ce contexte qu’Abdoulaye a connu sa première arrestation traumatisante le 22 octobre 2020. Détenu au poste de police d’Enco5, il a subi des passages à tabac, des insultes et des menaces de mort. Sa libération n’a été possible qu’après le paiement d’une rançon de deux millions de francs guinéens par son père.

La junte militaire : une répression ininterrompue

Loin d’apporter un souffle de liberté, le coup d’État du 5 septembre 2021, mené par le Colonel Mamadi Doumbouya, a continué la même politique de répression. La junte a interdit les activités politiques et proposé une longue période de transition, ce qui a provoqué de nouvelles vagues de protestations de la part du FNDC et de l’UFDG.

Le 28 juillet 2022, Abdoulaye a de nouveau participé à une manifestation massive, brutalement réprimée par les forces de sécurité, faisant plusieurs morts. Deux jours plus tard, il a été arrêté une seconde fois, cette fois à l’escadron Hamdallaye. Les tortures physiques et psychologiques se sont intensifiées : coups de matraque et de ceinture, et même des jets d’eau chaude. Après cinq jours d’horreur, il a été libéré grâce à un nouveau pot-de-vin d’un million de francs guinéens versé par son père. L’officier en charge l’a relâché, non sans le menacer et inscrire son nom sur une « liste de fugitifs ».

Blessé et physiquement marqué, Abdoulaye a cherché refuge à la clinique de l’Espérance, mais la peur pour sa vie est restée omniprésente.

Une tentative d’exil et une expulsion dévastatrice

Convaincu que sa sécurité était compromise en Guinée, Abdoulaye a cherché un moyen de fuir le pays. Il obtient un visa pour la Turquie et a quitté la Guinée le 20 juin 2023, espérant y trouver refuge. Cependant, un coup du sort inattendu a fait basculer son rêve : la perte de son passeport. Alors qu’il tentait d’obtenir un nouveau document, il a été arrêté par les autorités turques le 18 juillet 2023 pour défaut de papiers et, malgré ses explications, a été brutalement expulsé vers la Guinée le 15 août 2023.

De retour dans le pays qu’il avait fui, la situation était plus critique que jamais. La détresse était profonde, mais Abdoulaye savait qu’il ne pouvait pas abandonner.

Le 5 septembre 2023, une nouvelle manifestation des Forces Vives de Guinée a été organisée. Abdoulaye, fidèle à son rôle de mobilisateur, y a participé activement. La répression fut violente, avec des tirs de gaz lacrymogènes et des arrestations. Tragiquement, sous la torture, l’un de ses amis arrêtés a dénoncé Abdoulaye comme l’organisateur de la manifestation au niveau de leur quartier.

Cette nuit-là, sa vie a basculé. Un camion militaire est arrivé chez lui, son ami menotté servant de guide. Sa femme, enceinte et terrifiée, a été bousculée, tombant lourdement sur le ventre. Trois jours plus tard, ils perdaient leur enfant à naître. Abdoulaye, qui se trouvait à l’arrière de la maison, a pu s’échapper in extremis en escaladant un mur, laissant derrière lui sa femme et une maison saccagée.

Depuis, le jeune militant est introuvable, mais toujours recherché par les forces de l’ordre, d’après une source sécuritaire.

Aujourd’hui, sa famille continue de vivre dans la peur en Guinée, au regard de ce qui arrive aux leaders et militants depuis un certain temps. La junte militaire guinéenne continue de maintenir une répression féroce : interdiction des activités politiques, arrestations de leaders civils et politiques, et des actes de violence brutale. Cellou Dalein Diallo, le président de l’UFDG, et Sidya Touré, un autre leader de l’opposition, vivent désormais en exil, respectivement au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Les domiciles de ces leaders ont été soit démolis, soit récupérés par le pouvoir militaire, qui ne tolère aucune contestation.

En somme, la junte exerce un martyre continu sur l’opposition. L’histoire d’Abdoulaye Baldé, et celle de toutes les victimes politiques, est un cri d’alarme pour la démocratie et les droits de l’homme en Guinée.

Par Marcel Loua

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