Quand la justice quitte les bureaux pour reprendre le terrain ! Prisons, trafic de carburant, protection de l’enfance, droits humains: une méthode fondée sur l’action. Une institution judiciaire ne se mesure pas seulement à ses discours. Elle se juge à sa capacité à agir lorsque la société attend des réponses.
Depuis son arrivée à la tête du Parquet général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé semble avoir fait de cette conviction une ligne de conduite : la justice doit être visible, présente et capable d’intervenir là où les problèmes se manifestent.
Sa méthode repose sur trois principes : anticiper, coordonner et agir.
Une approche qui s’est illustrée dans plusieurs dossiers sensibles, faisant de Kankan un laboratoire d’initiatives judiciaires progressivement observées dans d’autres juridictions du pays.
La prison ne doit jamais devenir une zone de non-droit
L’une des opérations les plus marquantes reste sans doute la vaste fouille menée à la maison centrale de Kankan.
L’initiative part d’un constat préoccupant : certains détenus parvenaient à poursuivre des activités criminelles depuis leurs cellules, notamment à travers l’utilisation clandestine de téléphones portables.
Des enquêtes avaient révélé que des citoyens étaient victimes d’escroqueries téléphoniques et numériques dont les auteurs présumés se trouvaient pourtant derrière les murs de la prison.
Pour le Procureur général, cette situation constituait une contradiction majeure.
Un établissement pénitentiaire a pour vocation de préparer la réinsertion et de protéger la société. Il ne peut devenir une base arrière pour organiser de nouvelles infractions.
C’est dans cette logique qu’une opération de contrôle, menée avec les magistrats du parquet général, les officiers de police judiciaire et les forces de défense et de sécurité, est organisée.
La fouille permet la découverte de plusieurs objets interdits.
Des téléphones portables, dont des smartphones, des objets tranchants, des substances assimilées à des produits stupéfiants ainsi que divers matériels prohibés sont saisis.
Les enquêteurs découvrent que certains objets étaient dissimulés dans des endroits inattendus : sacs de riz, sacs de sel, congélateurs, sous des matelas ou dans des compartiments improvisés.
Au-delà de la saisie matérielle, l’opération envoie un message : l’incarcération ne signifie pas l’abandon du contrôle judiciaire.
La justice doit continuer à protéger la société, y compris derrière les murs des prisons.
Cette initiative, qui a marqué les esprits à Kankan, sera ensuite observée avec intérêt dans d’autres ressorts judiciaires. La lutte contre l’usage frauduleux des moyens de communication dans les établissements pénitentiaires devient progressivement une préoccupation nationale.
Une offensive contre le trafic illicite de carburant en Haute-Guinée
Autre chantier majeur : la lutte contre le trafic illicite de produits pétroliers. Face à la multiplication des pratiques clandestines de stockage, de transport et de commercialisation de carburant, le Parquet général de Kankan décide de passer à l’offensive.
Pour Marwane Baldé, il ne s’agit pas d’un simple problème commercial. Le phénomène touche directement à la sécurité des populations, à l’ordre public et à l’économie nationale.
Le stockage anarchique de carburant expose les communautés à des risques considérables : incendies, accidents, spéculation et perturbation du fonctionnement normal du secteur énergétique.
Dans une instruction adressée aux juridictions relevant de son ressort, le Procureur général demande une réponse judiciaire structurée.
Les enquêtes doivent viser non seulement les exécutants, mais également les éventuels complices : fournisseurs, transporteurs, intermédiaires et personnes facilitant ces circuits.
Les produits et matériels utilisés dans ces activités doivent être saisis et placés sous main de justice. Cette stratégie traduit une vision : lutter contre un phénomène organisé nécessite une réponse organisée.
Le message est clair : les réseaux clandestins ne doivent plus considérer certaines zones comme des espaces sans contrôle.
La protection de l’enfance, une priorité assumée
Dans son action, Marwane Baldé accorde également une place importante à la protection des personnes vulnérables, particulièrement les enfants.
Face aux situations d’exploitation, de maltraitance ou d’atteinte aux droits de l’enfant, le parquet adopte une posture de fermeté.
L’objectif est double : protéger les victimes et rappeler que certaines pratiques ne peuvent être tolérées au nom d’habitudes sociales ou de difficultés économiques.
Cette mobilisation judiciaire contre l’exploitation des enfants, menée en collaboration avec les services compétents, sera ensuite reprise dans d’autres espaces, notamment à Conakry et dans plusieurs localités du pays.
À travers cette démarche, le parquet affirme une conception claire de son rôle : défendre ceux qui disposent de moins de moyens pour faire entendre leurs droits.
La justice comme rempart contre les violences et les abus
La protection des droits humains constitue également un axe important de son action. À plusieurs reprises, le Procureur général s’est montré attentif aux situations susceptibles de porter atteinte à l’intégrité physique ou morale des citoyens.
Lorsqu’un fait grave survient, sa ligne est constante : les circonstances doivent être établies par l’enquête judiciaire, les responsabilités déterminées et la loi appliquée.
Cette approche s’est notamment illustrée dans des affaires ayant suscité une forte émotion à Kankan, notamment lorsqu’il s’est autosaisi de dossiers impliquant des violences graves, de meurtres ou des atteintes présumées aux droits des citoyens.
Dans une société où certaines victimes hésitent encore à saisir la justice, la rapidité de réaction de l’institution constitue un signal important.
Elle rappelle que la protection des citoyens relève d’abord de la responsabilité de l’État.
Une relation de confiance avec les forces de sécurité
Pour réussir cette politique pénale, Marwane Baldé mise également sur la coordination.
Conformément aux dispositions du Code de procédure pénale, il multiplie les rencontres avec les responsables des forces de défense et de sécurité ainsi qu’avec les officiers de police judiciaire.
L’objectif est clair : améliorer la qualité des enquêtes, renforcer le respect des procédures et garantir une meilleure transmission des dossiers.
À travers ces échanges, il rappelle une exigence fondamentale : l’efficacité de la justice ne peut jamais se construire au détriment des droits humains.
Une enquête solide est une enquête qui respecte la loi. Cette culture de collaboration contribue à renforcer la chaîne pénale, depuis l’interpellation jusqu’à la décision judiciaire.
Les sages, les jeunes et la culture du dialogue
Si l’image de fermeté accompagne souvent le Procureur général, elle ne résume pas sa méthode.
À Kankan, son action repose aussi sur le dialogue.
Ses relations avec les sages, les autorités religieuses, les jeunes et les acteurs communautaires traduisent une volonté de construire une justice intégrée dans son environnement.
Pour lui, prévenir un conflit vaut parfois mieux que sanctionner une crise déjà installée.
Cette proximité explique en partie l’accueil qui lui a été réservé lors de son retour dans la ville.
Elle explique aussi pourquoi son approche dépasse la seule dimension judiciaire : elle touche à la gouvernance locale et au rapport entre l’État et les citoyens.
Une méthode qui commence à faire école
Le phénomène le plus révélateur de cette dynamique est peut-être l’écho rencontré par certaines initiatives.
Les opérations de contrôle des établissements pénitentiaires, les actions coordonnées contre certains trafics, le renforcement des relations entre parquet et forces de sécurité ou encore la place accordée à la prévention sont désormais des pratiques davantage mises en avant dans plusieurs juridictions.
Sans revendiquer une quelconque exclusivité, Kankan aura servi de point de départ à une méthode fondée sur la présence, la coordination et la responsabilité.
C’est souvent ainsi qu’une innovation institutionnelle devient une référence : lorsqu’elle cesse d’appartenir à celui qui l’a initiée et qu’elle devient utile à d’autres.
Marwane Baldé aura ainsi démontré qu’un procureur ne se définit pas seulement par les dossiers qu’il traite dans son bureau.
Il se définit aussi par sa capacité à faire évoluer les pratiques autour de lui.
Mais au-delà des actions individuelles, une question demeure : qu’est-ce qui explique cette capacité à entraîner une institution et à inspirer d’autres acteurs judiciaires ?
La réponse se trouve peut-être dans une notion devenue centrale dans son parcours : le leadership.
À suivre…
Dossier compilé par la rédaction de lesfaits224.com, à l’occasion de la conférence des procureurs qui se tient du 15 au 17 juillet 2026 au palais du peuple de Conakry.
Loin d’être un panégyrique, ce Dossier sera déroulé tout au long de la conférence, en reconnaissance des actions et du leadership du Procureur Général Marwane Baldé (quelques clichés de la conférence des procureurs):
