Il arrive parfois que la frustration personnelle se déguise en analyse politique, et que la rancœur se fasse passer pour information. L’article publié par un site internet périphérique, au lectorat aussi discret que la méthode est tapageuse, en est une illustration presque scolaire. Sous couvert d’un prétendu remaniement judiciaire « humiliant », le papier s’emploie, sans rigueur ni preuve, à salir un magistrat en fonction : le Procureur général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé.
À la lecture attentive de ce brûlot, une évidence s’impose : il ne s’agit ni de journalisme, ni d’enquête, encore moins d’analyse. Nous sommes face à un règlement de comptes à peine maquillé, dont le fil conducteur mène tout droit à l’ancien occupant du poste, Algassimou Diallo, visiblement incapable d’accepter une affectation pourtant conforme aux règles de l’administration judiciaire.
Une mutation transformée en drame personnel
Dans l’imaginaire de l’auteur – et manifestement de son inspirateur – être affecté à N’Zérékoré relèverait de la punition, de l’exil, voire du danger physique. Le mot « humiliation » revient comme un refrain. On parle de « zone hostile », de « terrain miné », comme si la République s’arrêtait aux portes de certaines préfectures.
Faut-il le rappeler ? N’Zérékoré est une juridiction de la République de Guinée. Y servir est un devoir, non une disgrâce. À moins de considérer que la justice guinéenne fonctionne à deux vitesses, avec des postes nobles et d’autres indignes. Une telle vision en dit long, non sur l’institution, mais sur l’état d’esprit de celui qui la professe.
Une carrière gonflée à l’hyperbole
Autre procédé classique du texte incriminé : mythifier un parcours. Algassimou Diallo est présenté comme un magistrat au sommet d’une carrière exceptionnelle, « empereur des poursuites », figure incontournable de la justice guinéenne. Or, les faits sont têtus.
Oui, il a été fortement exposé médiatiquement lors du procès du 28 septembre, procès historique, certes. Mais une carrière judiciaire ne se résume pas à un seul dossier, fût-il emblématique. La médiatisation n’est pas une décoration administrative, et la notoriété ne confère aucun droit à l’inamovibilité ou à l’ascension automatique.
S’il a bien fait son travail lors de ce procès – ce que personne ne conteste – pourquoi donc redouter N’Zérékoré ? Pourquoi parler de peur, de vengeance possible, de représailles imaginaires ? Le ministère public qu’il incarnait n’avait-il pas la force et la légitimité de l’État ?
Marwane Baldé, cible idéale d’une colère mal digérée
C’est ici que le texte bascule clairement dans la diffamation. Pour expliquer une nomination parfaitement régulière, l’auteur invente des liens familiaux, prête des intentions politiques, et va jusqu’à évoquer des cadeaux matériels supposément offerts par le “clan présidentiel” à Marwane Baldé.
Cette affirmation est factuellement fausse. Les véhicules évoqués ont été attribués aux procureurs selon leur rang, dans un cadre administratif connu. Il ne s’agit ni d’un privilège, ni d’une faveur personnelle. Transformer une dotation institutionnelle en largesse clanique relève de la manipulation pure et simple.
Plus grave encore, le texte s’attaque frontalement au Chef de l’État et à sa famille, mêlant insinuations, raccourcis et procès d’intention. Un terrain glissant, qui dépasse largement la critique admissible et pourrait légitimement conduire à une saisine de la Haute Autorité de la Communication (HAC) pour diffamation, propagation de fausses informations et atteinte à la dignité des institutions républicaines.
Un journalisme sans méthode ni crédibilité
Bref, le texte publié par koumamedia.com est un modèle d’amateurisme journalistique. Les erreurs y abondent, à commencer par l’incohérence dans la désignation des protagonistes : le nom « Algassimou Diallo » apparaît dans le titre, puis disparaît du corps du texte où l’on ne parle plus que de « Bah ». Ces incohérences trahissent un papier bâclé, rédigé par quelqu’un qui manifestement ne maîtrise ni les arcanes de la justice guinéenne, ni les règles élémentaires du journalisme.
C’est l’absence totale de professionnalisme. Confusion sur les noms, contradictions internes, sources invisibles, photo-montage approximatif, vocabulaire militant… Tout concourt à discréditer son auteur.
On comprend alors que l’objectif n’est pas d’informer, mais de nuire :
– nuire à Marwane Baldé, en tentant de freiner son parcours ;
– nuire à l’institution judiciaire, en la présentant comme inféodée ;
– nuire au sommet de l’État, en l’entraînant dans une polémique fabriquée.
La justice n’est pas un exutoire émotionnel
La justice guinéenne mérite mieux que ces colères recyclées en articles. Les nominations et mutations obéissent à des textes, pas à des états d’âme. Transformer une décision administrative en complot politique est une facilité dangereuse.
Quant à Marwane Baldé, il n’a ni à se justifier de fantasmes, ni à répondre à des accusations sans fondement. Son travail, son parcours et les faits parlent pour lui.
Le reste n’est que bruit, agitation stérile, et tentative maladroite de braquer l’opinion contre un successeur, au nom d’une blessure d’ego mal cicatrisée.
En somme, moins d’hystérie, plus de rigueur. Et surtout, que chacun apprenne ceci : la République ne se venge pas, elle administre.
Par Sambégou Diallo
