Les faits 224

REGAP+: Quand une présidente sortante confisque le vote des personnes vivant avec le VIH

L’Assemblée Générale élective du Réseau Guinéen des Associations de Personnes vivant avec le VIH s’est tenue les 11 et 12 juin 2026 dans des conditions que ses propres membres qualifient de « mascarade ». Militaires à l’entrée, quorum bafoué, fonds détournés, statuts falsifiés : le tableau est accablant.

C’était censé être une fête de la démocratie associative. Cela s’est transformé en coup de force. Les 11 et 12 juin 2026, le REGAP+ — Réseau Guinéen des Associations de Personnes vivant avec le VIH — a tenu son Assemblée Générale élective au siège du Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS) à Conakry. Mais derrière la façade d’une élection ordinaire se cache une réalité troublante, documentée et dénoncée par les membres du réseau lui-même : une élection taillée sur mesure, organisée dans l’opacité, et défendue par des soldats.

Un coup préparé de longue main
Tout commence par une convocation envoyée trois jours avant l’assemblée. Trois jours, alors que les textes statutaires du REGAP+ et les lois guinéennes sur les associations exigent un délai minimum de deux semaines. Pour les délégués venus de Kindia, de Labé, de Kankan ou de N’Zérékoré, l’information arrive trop tard pour organiser le voyage, obtenir un mandat, préparer une position.

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Mais ce n’est pas tout. Initialement prévue à Mamou, l’assemblée est déplacée à la dernière minute au siège du CNLS à Conakry — sans notification sérieuse, sans prise en charge des frais supplémentaires de déplacement. Un changement de lieu qui, combiné à l’exiguïté du délai, rendait la participation des membres de l’intérieur du pays quasi impossible. Pour certains observateurs, c’est précisément l’effet recherché.

Des militaires pour trier les votants
C’est le fait le plus sidérant, et pourtant il est établi : à l’entrée du lieu de l’assemblée, des militaires en tenue ont été postés, munis d’une liste de 19 noms. Une liste de partisans. Ceux dont le nom ne figurait pas sur cette liste — pourtant membres actifs et réguliers du REGAP+, munis d’ordres de mission officiels — ont été purement et simplement refoulés.

Huit délégués venus de l’intérieur du pays ont ainsi été écartés de force, non pas parce qu’ils n’étaient pas membres, non pas parce qu’ils n’avaient pas le droit de voter, mais parce qu’ils n’avaient pas fourni la garantie de soutenir Mme Kadiatou Bodjé Baldé, la présidente sortante et candidate à sa propre succession. Des ordres de mission en bonne et due forme ont été ignorés par des soldats au service d’une ambition personnelle.
« On ne trie pas des citoyens à l’entrée d’une assemblée démocratique avec des militaires. C’est le comportement d’un régime autoritaire, pas d’une association de la société civile », s’indignent les membres lésés.

La Vice-présidente du REGAP, Mariama Somparé dénonçant le simulacre d’élection devant des journalistes

19 personnes pour représenter 42 associations : le quorum fantôme
Les statuts du REGAP+ sont sans ambiguïté : une Assemblée Générale n’est valable que si les deux tiers des membres sont présents ou représentés, soit au minimum 28 associations sur les 42 que compte le réseau. Ce jour-là, ils n’étaient que 19. Moins de la moitié du quorum requis.

Au sein même du bureau exécutif du réseau — composé de cinq membres — seuls trois avaient été conviés. Le Directeur exécutif, qui est statutairement l’organisateur en chef de l’Assemblée Générale, n’a reçu aucune invitation. La Vice-présidente a été tenue à l’écart de l’ensemble du processus. Quant aux listes d’invités, elles n’ont jamais été partagées avec le Conseil d’administration ni avec le bureau exécutif.

Trois listes, zéro transparence
L’un des aspects les plus révélateurs de cette affaire est la multiplicité des listes d’invités. Le CNLS, Plan International Guinée et la présidence du REGAP+ disposaient chacun d’une liste différente — toutes contradictoires entre elles. Les partenaires institutionnels ont donc reçu des données faussées, à dessein.

La composition de l’électorat a ainsi été manipulée par Mme Kadiatou Bodjé Baldé elle-même. Alors qu’il avait été imposé d’inviter deux représentants par région, ce qui aurait été en soi une violation des lois, neuf personnes ont été sélectionnées pour la seule zone de Conakry — la plus petite région du pays en superficie. Les invités ont été choisis non pas selon les règles du réseau, mais selon leur proximité avec la candidate sortante.

Des statuts révisés en secret, distribués le jour du vote
Autre coup de force : les statuts et le règlement intérieur du REGAP+ ont été intégralement réécrits par Mme Kadiatou Bodjé Baldé et ses seuls partisans. La Vice-présidente, le Directeur exécutif, les membres du Conseil d’administration et les membres fondateurs du réseau n’ont été ni informés, ni consultés, ni associés à cette révision.

Ces nouveaux textes ont été distribués aux participants le matin même du vote. Impossible donc de les lire sérieusement, d’en débattre, de les amender ou de les rejeter. Une approbation de façade, sur des documents que personne n’avait pu examiner. Sans oublier que parmi les candidats élus ce jour-là, au moins trois avaient déjà accompli deux mandats et étaient frappés d’inéligibilité — tout comme Mme Baldé elle-même, qui briguait un troisième mandat contraire aux statuts du réseau.

400 000 francs par participant : l’argent qui disparaît
À ces irrégularités procédurales s’ajoute une infraction pénale directe. Les participants ont émargé pour percevoir un pécule d’un million de francs guinéens (1 000 000 GNF) chacun. Ils n’ont reçu que 600 000 GNF. Les 400 000 GNF restants par personne — soit plusieurs millions de francs au total — ont été retenus par les organisateurs sans justification ni reçu.

Ce détournement, documenté par les feuilles d’émargement, constitue un abus de confiance caractérisé. Une plainte pénale a été déposée auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Dixinn.

Le CNLS : complice ou négligent ?
La question se pose avec acuité. Le CNLS, partenaire institutionnel et financier du REGAP+, a mis ses locaux à disposition pour cette assemblée irrégulière. Il détenait une liste d’invités différente de celle des autres partenaires. Il n’a pas alerté sur les irrégularités, n’a pas exigé le respect du quorum, n’a pas refusé d’accueillir une assemblée illégale.

Pour la Direction exécutive du REGAP+, cette passivité complaisante — au minimum — engage la responsabilité de l’institution dans la légitimation d’un processus frauduleux.

La justice, dernier recours
Face à ce qu’on qualifie de « hold-up électoral », les membres lésés ont engagé une double démarche : une requête en annulation adressée au Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, tutelle des associations en Guinée, et une plainte pénale déposée devant le Parquet de Dixinn.

Les pièces ne manquent pas : ordres de mission des membres refoulés, listes contradictoires, feuilles d’émargement falsifiées. Les réclamations sont simples — et fondamentaux : une nouvelle Assemblée Générale, convoquée dans les délais, ouverte à tous les membres, organisée dans la transparence, et placée sous contrôle indépendant.
Le REGAP+ représente des milliers de personnes vivant avec le VIH en République de Guinée. Elles méritent mieux qu’une association confisquée par une candidate qui se prend pour juge et partie. Elles méritent la démocratie.
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EN BREF — Les irrégularités en chiffres
• 3 jours de délai au lieu de 14 pour les convocations
• 19 personnes présentes sur 42 membres — quorum non atteint
• 8 délégués physiquement refoulés par des militaires
• 3 listes contradictoires (CNLS / Plan International / REGAP+)
• 3 candidats inéligibles, dont la présidente sortante (3ᵉ mandat)
• 400 000 GNF par participant détournés sur les pécules
• 2 recours engagés : MATD + Parquet de Dixinn
Sambégou Diallo

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