Dakar, 11 mars 2025 – Les députés sénégalais se réunissent ce mardi en séance plénière pour examiner un projet de loi visant à ratifier une convention d’assistance et de transfert de détenus entre le Sénégal et le Maroc. Signée en décembre 2004 mais jamais ratifiée, cette convention permettrait aux ressortissants des deux pays condamnés à l’étranger de purger leur peine dans leur pays d’origine. Alors que le gouvernement assure que l’ancien président Macky Sall, actuellement installé au Maroc, « fera face à la justice », cette convention relance les spéculations sur son éventuelle extradition.
Une convention attendue depuis vingt ans
La convention, signée il y a plus de deux décennies, vise à faciliter le transfert des détenus entre les deux pays, tout en leur offrant une assistance consulaire et humanitaire. Selon un dossier de presse du gouvernement, 299 Sénégalais détenus au Maroc pour des infractions telles que l’immigration clandestine, le trafic de drogue ou l’association de malfaiteurs pourraient bénéficier de ce dispositif. Parmi eux, 38 auraient déjà formulé une demande de transfert.
Jusqu’à présent, seul un accord d’extradition, datant de 1967, régissait les relations judiciaires entre les deux pays. La ratification de cette convention comblerait donc un vide juridique important, en permettant aux détenus de purger leur peine dans leur pays d’origine, tout en restant proches de leurs familles.
Macky Sall dans le viseur ?
Si le texte ne mentionne pas explicitement l’ancien président Macky Sall, son timing suscite des interrogations. Depuis son départ du pouvoir, l’ex-chef de l’État vit au Maroc, et le gouvernement actuel a réaffirmé à plusieurs reprises qu’il « ferait face à la justice ». Cette déclaration, couplée à la ratification de la convention, alimente les rumeurs sur une éventuelle extradition de Macky Sall en cas de poursuites judiciaires.
Cependant, plusieurs membres du gouvernement ont balayé ces spéculations, affirmant qu’il n’y a « rien à voir » entre la convention et le cas de l’ancien président. Un observateur de la société civile, sous couvert d’anonymat, estime même qu’il s’agit d’un « bluff politique ». « Extrader un ancien président est une procédure extrêmement complexe, tant sur le plan juridique que diplomatique », explique-t-il.
Un enjeu humanitaire avant tout
Au-delà des considérations politiques, la ratification de cette convention répond avant tout à un enjeu humanitaire. Elle permettrait à des centaines de détenus sénégalais au Maroc de retrouver leurs proches et de purger leur peine dans des conditions plus favorables. Pour les autorités sénégalaises, il s’agit également de renforcer la coopération judiciaire avec le Maroc, un partenaire stratégique dans la région.
Alors que les députés s’apprêtent à se prononcer sur ce texte, les regards sont tournés vers Dakar. La ratification de cette convention marquerait une avancée significative dans les relations bilatérales entre les deux pays, tout en relançant le débat sur l’avenir judiciaire de Macky Sall.
