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SOS pour un prédateur financier : quand le clan de Mandian Sidibé confond compassion et impunité

Il fallait oser. La famille de Mandian Sidibé vient de payer beaucoup d’argent pour afficher un communiqué sur le site guineenews.org. Un publi-reportage qui restera dans les annales de l’indécence publique : un SOS pour la libération d’un bandit à col blanc, poursuivi pour un détournement record de 78 milliards de francs guinéens, et impliqué dans des abus de confiance chiffrés à plusieurs autres milliards, aujourd’hui parfaitement documentés.

Le texte se veut larmoyant. Il est surtout insultant pour l’intelligence collective.

La victimisation comme ultime stratégie

Le procédé est désormais classique : quand les faits sont accablants, on invoque la maladie, Dieu, la dignité, puis le Président de la République, en espérant que l’émotion efface les preuves.
Mandian Sidibé serait malade ? Soit. Mais depuis quand une pathologie efface-t-elle des détournements, des dettes frauduleuses et des reconnaissances de dettes signées de sa propre main ?

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Plus grave : le même homme qui se dit mourant fête l’anniversaire de son incarcération, multiplie les messages, orchestre des campagnes, et trouve encore l’énergie d’organiser sa défense médiatique. Drôle de cancer. Drôle d’agonie.

La grande diversion médicale

La famille parle de prostatite, de cancer, de virilité menacée. Mais le dossier judiciaire, lui, ne souffre d’aucune confusion de diagnostic :

– 1,85 milliard GNF soutiré à la patronne de MK Services,

– 896 millions GNF arrachés à Fodé Kaba Diakité,

– des avances illégales prises auprès de Bonagui, Orange Guinée, Sobragui, etc.

– 50 motos disparues,

– 2 000 chaises introuvables,

– des redevances 2025 et 2026 consommées en 2024,
un OGP laissé exsangue, présent ruiné, avenir hypothéqué, etc.

Ce n’est pas tout car la réalité du passif laissé par Mandian Sidibé est saisissant. Abyssal. Par exemples:

– Une seule régie publicitaire réclame encore plus de 8 milliards de FG pour des portraits présidentiels qu’il a commandés sans honorer les paiements (voir article).

– Des achats insolites, dont une commande de bœufs pour plus de 300 millions de FG, n’ont jamais été réglés.

– des meubles pris par Mandian à Lipco pour plus de 500 millions de FG, qu’il n’a jamais daigné payer.

À cette longue liste s’ajoute une ardoise de près de 3 milliards de francs guinéens léguée à son successeur. Il s’agit de ristournes légalement destinées aux communes abritant les panneaux publicitaires, et qui ont tout simplement été détournées sous la gestion de Mandian Sidibé. Spoliées, ces collectivités ont saisi l’Agent judiciaire de l’État pour faire valoir leurs droits. Ironie cruelle : alors que l’ancien directeur général se pose aujourd’hui en victime, la nouvelle direction de l’OGP a, elle, régulièrement payé ces redevances pour l’exercice 2025, à hauteur de centaines de millions de francs guinéens, comme le ferait toute administration normalement gérée.

Pour tout dire, aucune sonde urinaire ne fait disparaître ces chiffres.

L’argument grotesque des “trois ans”

Autre perle du communiqué : il serait “mathématiquement impossible” de détourner 78 milliards en trois ans. Faux. Archifaux. Et surtout ridicule.

Quand on détourne, quand on anticipe frauduleusement les recettes, quand on contracte des dettes illégales, quand on prend des avances tous azimuts, quand on engage les recettes futures,… on ne vole pas seulement l’argent du présent, on vole les recettes du futur. Mandian Sidibé n’a pas volé sur trois ans : il a volé sur plusieurs exercices budgétaires. Probablement jusqu’en 2026.

La loyauté brandie comme bouclier

La famille invoque la “fidélité” de Mandian Sidibé au Président de la République. Argument déplacé, presque obscène.

La loyauté n’est pas un permis de voler. Le griotisme dont il se targue n’est pas une assurance contre la prison. Et l’OGP n’est pas une caisse privée.

La parole refusée ? Vraiment ?

Mandian Sidibé se plaint d’être “réduit au silence”. C’est faux. Il parle. Il écrit. Il publie. Il manœuvre. Il gère ses pages Facebook.
Ce qu’il ne fait pas, en revanche, c’est expliquer où sont passés les milliards, ni rembourser les victimes.

La justice n’est pas un plateau télé. On ne “lave pas son honneur” avec des communiqués, mais avec des preuves.

Un SOS ridicule qui se retourne contre ses auteurs

Ce communiqué n’est pas un cri de détresse. C’est une tentative grossière de pression émotionnelle, une manœuvre sournoise pour attendrir l’opinion et préparer l’impunité.

Mais le peuple guinéen et la justice guinéenne ne sont pas dupes. La Guinée a déjà payé trop cher les larmes des prédateurs financiers.

Mandian Sidibé n’est pas un martyr. C’est un accusé, lourdement documenté, entouré de pièces, de chiffres et de victimes.

Et non, on ne libère pas un voleur au motif qu’il se plaint de sa prostate. La justice suit son cours. Les documents parlent. Et cette fois, aucun SOS ne couvrira la vérité.

S’attaquer à la justice pour sauver sa… virilité

À la lecture de son communiqué, une chose saute aux yeux : Mandian Sidibé ne plaide plus l’innocence, il attaque désormais la justice. Sous couvert de maladie et de virilité menacée, il tente de déplacer le débat du terrain des faits vers celui de l’émotion, insinuant que son maintien en détention relèverait d’une cruauté délibérée. C’est pathétique. Car s’en prendre publiquement à la justice, c’est aussi s’attaquer frontalement au premier magistrat du pays : le Chef de l’État. En clair, Mandian Sidibé ne conteste plus un dossier judiciaire, il met en cause l’autorité même de l’État, dans l’espoir que la compassion efface ce que les chiffres, eux, refusent d’oublier.

Le grand mensonge social

Mandian Sidibé ose également se présenter comme un artisan de la lutte contre le chômage. La réalité est toute autre. Au moment de son limogeage, l’OGP comptait six mois d’arriérés de salaires, un personnel en grève, des équipes démobilisées et une institution à l’arrêt. Il recrutait de manière fantaisiste, sans capacité de paiement, puis refusait de payer ceux qu’il avait lui-même engagés. Voilà le vrai bilan social de son passage : des travailleurs abandonnés, une administration paralysée et une crise interne qu’il a préférée couvrir par des mensonges, des dettes illégales et des mises en scène larmoyantes.

À ce stade, la posture victimaire n’est plus une défense : c’est une insulte à la mémoire des faits.

Dernier détail, loin d’être anodin : si Mandian Sidibé parvient encore à faire diffuser des communiqués soigneusement rédigés, c’est qu’il dispose des moyens matériels pour le faire. Un véritable pied de nez au ministre de la Justice, alors même que son téléphone avait été officiellement saisi le 2 décembre 2025. La conclusion est évidente : un autre appareil lui a été procuré dans sa cabine, avec la complicité active de sa fameuse “famille biologique”. Une famille capable de financer communiqués, relais médiatiques et plaidoyers larmoyants, mais curieusement incapable de régler une dette de près de trois milliards de francs guinéens contractée auprès d’un fournisseur de véhicules, lequel hante encore aujourd’hui les couloirs de l’OGP pour se faire rembourser… par la nouvelle direction.

Voilà toute la vérité nue : de l’argent pour la communication, pas pour les victimes ; des moyens pour contourner l’administration pénitentiaire, pas pour honorer les dettes ; de l’énergie pour crier à l’injustice, aucune pour réparer les torts. À ce stade, ce n’est plus un SOS, c’est une provocation. Et face aux faits, la justice n’a qu’une réponse possible : ni la prison, ni la vérité ne se négocient par communiqué.

Par Sambégou Diallo, pour lesfaits224.com

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