Une opposition qui se radicalise
Pour la septième nuit consécutive, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé mardi 25 mars à Istanbul, en soutien au maire emprisonné Ekrem Imamoğlu, principal rival du président Recep Tayyip Erdoğan. Le Parti républicain du peuple (CHP), principale force d’opposition, a appelé à un « grand rassemblement » samedi à Maltepe, sur la rive asiatique de la métropole turque.
Une mobilisation inédite depuis Gezi
La colère gronde depuis l’arrestation d’Imamoğlu, désigné candidat du CHP pour la prochaine présidentielle. Les manifestations rappellent l’ampleur du mouvement Gezi en 2013, qui avait secoué le pays. Mardi soir, des étudiants masqués – par crainte des représailles policières – ont défilé sous les applaudissements des riverains, tandis que des enseignants syndiqués boycottaient les cours en solidarité.
« Serez-vous là samedi pour exiger la libération d’Imamoğlu et des élections anticipées ? », a lancé Özgür Özel, chef du CHP, devant une foule massée devant l’hôtel de ville. Le parquet d’Istanbul a toutefois ouvert une enquête contre le syndicat Egitim-Sen, accusé d’« attiser les troubles ».
La France monte au créneau
Paris a appelé Ankara à agir en « grand partenaire démocratique », exigeant la libération du maire d’Istanbul. « La Turquie est liée à l’UE par des valeurs communes », a rappelé un conseiller d’Emmanuel Macron, dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays.
Un régime de plus en plus autoritaire ?
Le dessinateur turc Ersin Karabulut, exilé en France, décrit dans son autobiographie Journal inquiet d’Istanbul la dérive répressive du pouvoir. « La Turquie bascule dans le totalitarisme », estime-t-il, peu surpris par la répression actuelle.
Alors que plus de 1 400 arrestations ont eu lieu depuis le début des protestations, le CHP promet de nouvelles mobilisations « sous d’autres formes » dans les semaines à venir.