Ce dimanche 2 février, la police géorgienne a arrêté deux figures de l’opposition, Nika Melia, leader du parti libéral pro-européen Akhali, et Guigui Ougoulava, ancien maire de Tbilissi, lors d’une manifestation contre le gouvernement. Les manifestants dénoncent une dérive autoritaire prorusse et un éloignement de l’Union européenne. Nika Melia a été libéré peu après minuit, son avocat précisant qu’il avait été arrêté pour « infraction administrative ».
Les deux hommes ont été interpellés alors qu’ils tentaient, avec des milliers de manifestants, de bloquer une autoroute à l’entrée nord de la capitale. Le ministère de l’Intérieur avait prévenu que cette action était « un crime punissable de jusqu’à quatre ans de prison ». Nika Melia a affirmé avoir été frappé par un haut responsable de la police lors de sa détention.
D’autres manifestants ont également été interpellés, et des images diffusées par la chaîne indépendante Pirveli montrent des policiers frappant brutalement certains d’entre eux. Zviad Kharazishvili, chef des opérations spéciales de la police de Tbilissi, déjà sanctionné par les États-Unis et le Royaume-Uni pour violations des droits humains, a été filmé en train de hurler des insultes aux protestataires.
« Toute cette violence policière montre que le gouvernement a peur », a déclaré un manifestant à l’AFP. « Les Géorgiens ne céderont pas, notre démocratie est en danger. » Le Défenseur des droits géorgien, Levan Ioseliani, a qualifié les actions policières de « extrêmement inquiétantes », dénonçant les mauvais traitements et l’usage excessif de la force. La cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a condamné la répression sur X : « La répression brutale de manifestants pacifiques, de journalistes et de politiciens ce soir à Tbilissi est inacceptable. »
Accusations de répression
Depuis fin novembre, les manifestations anti-gouvernementales se multiplient en Géorgie. La police a déjà utilisé gaz lacrymogène et canons à eau pour disperser les foules, arrêtant plus de 400 personnes. Le Défenseur des droits et Amnesty International ont accusé la police de torturer des manifestants.
Les défenseurs des droits humains dénoncent une campagne d’intimidation, de violences et d’arrestations visant à punir les opposants. Les forces de sécurité et la justice géorgiennes sont régulièrement accusées de réprimer les critiques du parti au pouvoir.
L’UE a suspendu l’exemption de visa pour les diplomates et dirigeants géorgiens, invoquant des lois répressives et la « violente répression des manifestants pacifiques ». En 2023, les États-Unis et plusieurs pays européens avaient déjà imposé des sanctions contre des responsables géorgiens, critiquant le rapprochement du gouvernement avec la Russie et la répression des opposants.
Crise politique et constitutionnelle
La Géorgie traverse une crise politique majeure, avec l’opposition boycottant le Parlement et la présidente sortante, Salomé Zourabichvili, déclarant le gouvernement illégitime. Son successeur, Mikheïl Kavelachvili, élu par un collège électoral contrôlé par le parti au pouvoir, a prêté serment fin décembre, mais Zourabichvili se considère toujours comme la seule dirigeante légitime du pays.