Ils ont étouffé la République. Aujourd’hui, elle saigne, vidée de sa substance, dépouillée de son âme et de sa promesse. Cette République qui, jadis, portait encore l’espérance et semblait enfin prête à prendre place au grand concert des nations, n’est plus que l’ombre d’elle-même.
À présent, elle ressemble à une jungle où l’arbitraire règne, où la pauvreté s’étend, et où l’avenir se referme sur le peuple. Lorsqu’un pays en vient à parler de crise de liquidités, c’est bien plus qu’un simple déséquilibre financier : c’est le signe brutal qu’il n’y a plus de confiance, plus de perspectives, plus d’espérance capable de rassurer les partenaires économiques et de porter un projet national.
Comment parler encore de développement lorsque l’État devient incapable d’honorer, chaque mois, le fruit du travail de son propre peuple ? Comment évoquer l’espoir lorsqu’on ne peut même plus garantir la prise en charge de 120 000 fonctionnaires ? Que dire d’une nation de 17 millions d’habitants où les fonds deviennent inaccessibles, aussi bien pour les civils que pour les militaires ? Cette crise n’épargne personne. Elle traverse toutes les couches de la société et impose à chacun son propre 5 septembre 2021, comme une blessure devenue collective.
Mais le plus tragique reste cette scène insoutenable : un malade, couché sur son lit à l’hôpital , perd la vie non pas faute de soins, mais faute n’avoir pas pu accéder à son propre argent pour acheter, dans l’urgence, les produits médicaux nécessaires.
Voilà jusqu’où nous sommes tombés.
Lorsqu’un citoyen meurt parce qu’il ne peut disposer de son propre argent pour se soigner, ce n’est plus seulement l’économie qui est en crise : c’est la République elle-même qui agonise.
Par Ibrahima Diane, Juriste