Les réseaux sociaux ont ceci de particulier qu’ils offrent parfois une visibilité inespérée à ceux qui, jadis, se contentaient de murmurer leurs approximations au comptoir d’un bar. Umberto Eco l’avait dit avec une lucidité glaçante : « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, auparavant, ne parlaient qu’après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles. »
Depuis, le diagnostic n’a fait que se confirmer. Il n’est plus rare de voir surgir sur la place publique une galerie de clowns numériques, se signalant moins par leur pertinence que par leur ignorance assumée, leur manque d’éducation civique et leur vision étriquée du monde. Leur spécialité : baver, insulter, diffamer. Personne n’y échappe – ni les chefs d’État, ni leurs familles, ni les citoyens honorables qui servent la République avec dignité.
Récemment, c’est d’abord la Première Dame de Guinée, ensuite Marwane Baldé, Procureur général près la Cour d’appel de Kankan, qui ont fait les frais de cette clameur virtuelle. Cette dernière attaque est venue d’un petit roquet médiatique, prompt à mordre ce qu’il ne comprend pas, et surtout incapable de distinguer la rumeur du droit, l’opinion de la compétence.
Remettre en cause le professionnalisme de Marwane Baldé relève pourtant de l’exercice le plus périlleux pour quiconque connaît un tant soit peu la justice. Le magistrat est titulaire d’une maîtrise en droit public de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia. Il a réussi l’examen d’État de la magistrature, suivi sa formation au Centre de formation et de documentation judiciaire (CFDJ), avant d’être nommé juge d’instruction à Dubréka par décret présidentiel.
Son parcours ne s’arrête pas là. Il a bénéficié d’une bourse du gouvernement français, lui permettant de se perfectionner en France, avec à la clé un diplôme de l’École nationale de la magistrature (ENM) de Paris, ainsi qu’un stage pratique au Tribunal de grande instance d’Amiens. Autant dire une trajectoire que bien des donneurs de leçons seraient bien incapables d’aligner, même en rêve.
Dès lors, une question s’impose : qui peut sérieusement remettre en cause la compétence du Procureur général Marwane Baldé ? Si ce n’est un esprit médiocre, errant dans les ténèbres de l’ignorance, confondant clavier et savoir, buzz et vérité. Il faut connaître la justice pour en parler. Le reste n’est que bruit.
Ce vacarme n’est d’ailleurs pas sans arrière-plan. Depuis l’affectation du magistrat Algassimou Diallo à N’Zérékoré, juridiction qu’il semble considérer – à tort – comme une terre de relégation, une agitation suspecte s’est installée. Dans l’ombre, des ficelles paraissent tirées, et une meute désordonnée se lance aux trousses de Marwane Baldé, sans épargner la famille présidentielle, avec un objectif à peine voilé : jeter le discrédit sur lui, briser son élan et manipuler l’opinion.
Mais la manœuvre est grossière. Abandonner le terrain judiciaire pour se réfugier dans les polémiques stériles des réseaux sociaux et des médias de seconde main n’a jamais grandi un magistrat. Quant aux pseudo-blogueurs qui se prêtent à ce jeu, ils gagneraient à comprendre que la liberté d’expression n’est pas un permis pour l’ignorance militante.
La justice, elle, avance. Marwane Baldé travaille.
Le reste continue d’aboyer.
Par Sambégou Diallo
