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Blanchiment et fuite de capitaux : au cœur des secrets de Fadi Wazni « le patron de la fraude minière »!

C’est l’histoire d’un empire bâti sur la terre rouge de Boké, dont les ramifications financières serpentent des palais de Conakry aux gratte-ciels de Dubaï, en passant par les coffres-forts de Kinshasa et les bureaux feutrés de la justice parisienne. Au cœur de cette architecture : l’homme d’affaires franco-libanais Fadi Wazni. Derrière la réussite du premier exportateur africain de bauxite se déploie une enquête tentaculaire où s’entrechoquent soupçons de corruption d’État, manipulation des prix de transfert et blanchiment international.

Tout commence à la source, dans les mines guinéennes. Chaque année, le consortium SMB-Winning, Société minière de Boké, et la holding logistique UMS, United Mining Supply, contrôlés par Fadi Wazni et ses partenaires, extraient et exportent près de 55 millions de tonnes de bauxite, soit 38 % de la production nationale. Les cargaisons quittent le pays, mais une part considérable de leur valeur échappe aux finances publiques.

Le mécanisme au centre des investigations du Parquet national financier, à Paris, et de la Cour de répression des infractions économiques et financières, à Conakry, repose sur la manipulation des prix de transfert. Selon les éléments de la plainte du Collectif pour la transition en Guinée, ce minerai indispensable à la fabrication de l’aluminium quittait le port de Dapilon à un prix officiellement déclaré d’à peine 12,40 dollars la tonne. Au même moment, sa valeur réelle de marché oscillait entre 28 et 35 dollars.

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À l’échelle des volumes exportés, la différence devient gigantesque. Cet écart de plus de 15 dollars par tonne permet d’exfiltrer la base imposable hors des frontières guinéennes. Le manque à gagner pour l’État, estimé lors des redressements fiscaux, atteint 300 millions de dollars américains.

La différence ne disparaît pas. Elle poursuit son chemin dans une architecture offshore dont les révélations des Pandora Papers ont mis en lumière les entités pivots : ABM, aux Îles Vierges britanniques, et GTS, à Singapour.

Sur le papier, la bauxite guinéenne est vendue à bas coût à ces sociétés écrans. Ces intermédiaires revendent ensuite le minerai au prix fort, autour de 35 dollars la tonne, aux alumineries chinoises ou à des négociants du Dubai Multi Commodities Centre, aux Émirats arabes unis. Entre la première vente et la revente, environ 22 dollars par tonne sont captés offshore. Le bénéfice net réel, estimé à plus de 1,1 milliard de dollars de flux annuels, se retrouve ainsi stocké en toute opacité, loin des administrations fiscales africaines.

Le minerai suit la route des navires. L’argent emprunte celle des sociétés intermédiaires et des banques de compensation. De Dapilon aux Îles Vierges britanniques, puis de Singapour à Dubaï, les opérations successives déplacent la richesse hors du territoire où elle a été extraite.

Pour recycler et légitimer de telles masses financières sans déclencher les alertes des régulateurs occidentaux, le réseau a pu s’appuyer sur des connexions familiales stratégiques en République démocratique du Congo. À Kinshasa intervient la Sofibanque, institution de premier plan présidée par Abdallah Wazni et dirigée par Henry, également nommé Hassan Wazni, respectivement cousin et frère de Fadi Wazni.

Avec un bilan de 1,44 milliard de dollars et un produit net bancaire de 129,33 millions de dollars, la Sofibanque dispose d’une assise financière importante. Elle sert, selon les rapports d’ONG comme The Sentry, de plateforme de compensation. Le relais congolais inscrit ainsi les flux dans un circuit bancaire capable de traiter des opérations de grande ampleur.

Pour contourner le « de-risking » des grandes banques américaines, qui refusent les transactions en dollars en provenance de zones à haut risque, la banque utilise le logiciel de filtrage automatisé IDOM USA. Ce dispositif sert de bouclier technique. Il vérifie que les noms figurant dans les transactions n’apparaissent pas sur les listes de sanctions internationales, notamment celles de l’OFAC.

Des flux financiers d’origine grise peuvent alors être transférés vers Dubaï sous couvert de transactions commerciales légitimes. Les mouvements prennent la forme de faux contrats de fret maritime, de pénalités de retard surévaluées ou de prêts adossés, les « back-to-back ». Derrière les factures, les garanties et les écritures bancaires, l’argent change d’apparence à mesure qu’il s’éloigne de la mine.

Ce circuit mondial fait aujourd’hui face à une offensive judiciaire coordonnée sur deux continents. À Conakry, la CRIEF traque le volet politique de l’affaire. Elle instruit le pacte de corruption présumé conclu avec Mohamed Condé, fils de l’ancien président Alpha Condé.

Celui-ci est soupçonné d’avoir joué le rôle de facilitateur en coulisses, permettant au consortium d’obtenir des permis express, notamment pour les blocs 1 et 2 du gisement de Simandou, ainsi que des exonérations fiscales sur mesure. En contrepartie, le financement du train de vie du clan présidentiel aurait notamment pris la forme d’une mise à disposition de jets privés.

À Paris, le PNF mène l’enquête pour blanchiment de corruption aggravé et fraude fiscale internationale. Les investigations visent à saisir les actifs immobiliers et les avoirs nets acquis en Europe grâce à ce schéma d’arbitrage minier. Le parcours des fonds devient le fil conducteur reliant les décisions prises en Guinée aux structures étrangères qui en recueillent les bénéfices.

Face aux accusations, la défense de Fadi Wazni reste inflexible. Elle met en avant les audits financiers de la Sofibanque validés par Deloitte et un ratio de solvabilité de 21,69 %. Elle dénonce des attaques purement politiques. Le consortium SMB a également engagé des poursuites pour diffamation contre les médias indépendants ayant exposé ces mécanismes.

Alors que les juges avancent sur le gel des comptes de transit et l’examen des structures offshore, ce dossier s’impose comme le symbole d’une époque où l’extraction des matières premières africaines ne se jouait pas seulement dans les mines. Derrière la terre rouge de Boké, les ports et les cargaisons, une autre architecture organisait le voyage de la richesse : celle, invisible, des paradis fiscaux.
Farafina Beavogui, Membre de
diaspora forestière aux USA


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