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Limogeage de Mory Condé et Mourana Soumah: le silence qui en dit trop

Un décret. Deux noms rayés de la liste gouvernementale. Et pas une ligne d’explication.
Ce vendredi 21 août 2026, le président Mamadi Doumbouya a mis fin aux fonctions de Mory Condé, jusque-là ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, et de Mourana Soumah, qui dirigeait le ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation.
La continuité de l’État est assurée : Ramatoulaye Camara, secrétaire générale du premier département, et Souleymane Bah, son homologue au second, assurent désormais l’intérim.

Sur le papier, rien que de très administratif. Dans les faits, c’est un silence qui pèse.

Un décret muet, des rumeurs qui ne le sont pas

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Depuis plusieurs jours, la rumeur courait dans les cercles informés : Mory Condé et Mourana Soumah auraient été entendus, interrogés, sommés de s’expliquer. Mercredi dernier, le porte-parole de la Présidence, Amara Camara, avait pourtant tenu à démentir toute audition, lors d’un point de presse. Deux jours plus tard, les deux hommes sont limogés, sans qu’aucun motif ne soit avancé.

Ce grand écart entre le démenti officiel et la sanction qui suit mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Il alimente, légitimement, les interrogations les plus vives de l’opinion publique guinéenne : que s’est-il réellement passé dans ces deux départements ? Pourquoi ce silence, quand un simple communiqué aurait pu couper court à toute spéculation ?

La transparence n’est pas une option

Rappelons un principe simple : dans un État qui se veut exemplaire dans la gestion de la chose publique, un limogeage ministériel n’est jamais un non-événement. Quand des soupçons de mauvaise gestion, de manquements ou de gabegie financière circulent, à tort ou à raison, au sujet de responsables publics, le silence de l’exécutif n’éteint pas la rumeur : il l’entretient et, pire, il en devient le principal carburant.

Si ces départs ne doivent rien à des soupçons de nature financière, rien n’empêche de le dire clairement et de tourner la page. Mais si, au contraire, des vérifications sont en cours sur la gestion de fonds publics ou de ressources ministérielles, alors l’exigence est inverse : la lumière doit être faite, publiquement, et les responsabilités situées, pas enterrées dans les silences protocolaires d’un décret.

Faire de la lutte contre la corruption un cheval de bataille assumé

Le président Doumbouya s’est engagé, depuis son arrivée au pouvoir, sur le terrain de la rupture avec les pratiques de gestion opaque de l’État. C’est une promesse que les Guinéens ont entendue, et qu’ils attendent de voir tenue jusqu’au bout, y compris, et surtout, quand elle concerne son propre gouvernement.

Un limogeage silencieux ne suffit pas à convaincre. Ce que l’opinion attend, c’est une doctrine claire et constante : tout soupçon de détournement ou de mauvaise gestion des deniers publics, où qu’il se situe dans l’appareil d’État, doit être instruit, documenté et sanctionné au grand jour. La lutte contre la corruption ne se décrète pas seulement par des départs discrets ; elle se prouve par la transparence des motifs et la fermeté des suites judiciaires quand les faits sont établis.

C’est à cette exigence que le chef de l’État est aujourd’hui attendu. Le pays a besoin de savoir non seulement qui part, mais pourquoi et, le cas échéant, qui doit rendre des comptes.
Sambégou Diallo


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