L’actualité judiciaire récente met en exergue un contraste saisissant dans la manière dont les autorités canadiennes et québécoises réagissent selon que la victime d’un crime est une citoyenne canadienne ou un ressortissant guinéen. Deux poids, deux mesures : c’est le sentiment légitime qui domine face à des procédures asymétriques, où la valeur d’une vie humaine semble cruellement dépendre de sa nationalité.
Rafiou Sow et Mamadou Saliou Baldé : l’indignation sélective de la Sûreté du Québec
D’un côté, nous assistons au déploiement des grands moyens pour l’affaire Rafiou Sow. Accusé du meurtre d’une canadienne au Québec, il y a 19 ans, cet homme politique guinéen a été arrêté à Conakry.
Immédiatement, la Sûreté du Québec (SQ) s’est manifestée pour offrir sa pleine collaboration et pousser les autorités guinéennes à sévir. Quand la victime est canadienne, la justice et la police du Québec remuent ciel et terre, franchissant les océans pour obtenir réparation.
De l’autre côté, le silence et l’inertie prévalent. En novembre 2023, Mamadou Saliou Baldé, un jeune étudiant guinéen inscrit à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), a été abattu de sang-froid par des tirs policiers au Québec.
Face à ce drame, la Sûreté du Québec n’a pas mené d’enquête criminelle contre ses propres agents, confiant le dossier au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) qui s’est contenté de clore l’affaire sans aucune recommandation ni poursuite. Pour ce jeune Guinéen venu étudier au Canada, aucune collaboration bilatérale d’envergure, aucune indignation officielle de la part des autorités canadiennes. La vie de cet étudiant étranger a été balayée dans l’indifférence des institutions canadiennes.
L’affaire Jean Laprade : l’impunité organisée d’un diplomate en fuite
Ce sentiment d’une justice corrompue et partiale ne date pas d’hier. Il ravive le douloureux souvenir de l’affaire Jean Laprade, ancien consul honoraire du Canada en Guinée. En 2015, ce diplomate a violé une fillette de 12 ans à Conakry, une enfant vulnérable qui vendait des bananes.
Alors que la police et la justice guinéennes tentaient de faire leur travail, une fuite a été orchestrée avec la complicité des services diplomatiques canadiens. Exfiltré de Conakry vers Abidjan, puis rapatrié en toute sécurité vers le Québec, Jean Laprade a échappé aux mailles du filet. Bien qu’il ait été condamné par contumace en 2017 par le tribunal de Dixinn à 12 ans de réclusion criminelle, le Canada n’a jamais levé le petit doigt pour appliquer cette sentence ou extrader son ressortissant. Plutôt, ils l’ont soutenu et protégé, y compris les journalistes du folklorique media lapresse.ca.
Des vies guinéennes considérées comme négligeables
Le parallèle est insoutenable. Quand un Guinéen est suspecté, le système canadien exige une coopération immédiate. Mais quand un policier canadien tue un étudiant guinéen ou qu’un diplomate canadien viole une enfant de 12 ans à Conakry, les autorités se murent dans le protectionnisme et l’impunité.
Pour de nombreux observateurs, ce comportement institutionnel envoie un message clair et méprisant : la vie d’un citoyen occidental prévaut sur celle d’un Africain, relégué au rang de quantité négligeable, pour ne pas dire « un déchet », par un système judiciaire canadien qui ne s’active que dans un seul sens.
Face à cette asymétrie flagrante, il est légitime d’exiger de la justice guinéenne la libération immédiate de Rafiou Sow, d’autant plus que les conclusions de l’autopsie menée par les experts canadiens eux-mêmes l’ont formellement innocenté de ce crime.
En tant que citoyens guinéens, notre devoir sacré est de faire bloc derrière notre compatriote injustement détenu et de rejeter fermement ce traitement à deux vitesses.
Touche pas à mes compatriotes.
Wassalam.
Sambégou Diallo, in Le Populaire
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